Les 5 grandes familles de motivation pour humaniser vos personnages
Tous les actes sont motivés. Cette motivation peut changer d’un individu à l’autre mais il s’agit d’une règle fondamentale : le comportement humain est toujours régi par une ou plusieurs intentions qui nous poussent à agir. Il en va de même pour les personnages de votre roman. Une étude sortie en février 2025 a ainsi défini quinze motivations, regroupées en cinq grandes familles qui sous-tendent le comportement humain. Ces motivations sont inter-corrélées et expliquent la grande majorité des actes humains. La motivation de personnages va ainsi vous aider pour humaniser et caractériser vos personnages !
L'importance de la motivation pour votre personnage
Un personnage doit toujours avoir une ou plusieurs raisons d’agir. C’est la première étape pour ancrer votre personnage dans le réel et ainsi le rendre attachant. Même lorsque un personnage semble agir sans motivation, en réalité il y en a une, qu’elle soit externe ou interne. Une bonne définition de ce qui anime votre personnage, ce qui le pousse à agir, permet de mieux le comprendre lui et son impact sur l’intrigue. Il faut garder à l’esprit que ces motivations sont non seulement liées au caractère de votre personnage mais aussi à son sexe et à son âge. Une jeune mère de famille ne sera pas motivée par les mêmes choses qu’un vieux veuf et c’est là tout l’intérêt pour créer des personnages variés et crédibles.
Prenons deux exemples pour illustrer la richesse des motivations et leur impact sur le personnage :
- Coriolanus Snow (Hunger Games) : C’est un personnage qui manipule et qui tue, mais pourquoi ? Sa principale motivation est sociale et physiologique : il a peur et il souhaite conserver son statut d’homme tout puissant de Panem. Ces deux motivations induisent les actes qu’il commet et son objectif : éliminer la menace à son pouvoir que représente Katniss et les rebelles. Donc on comprend que grâce à sa motivation, on déduit son objectif et on peut expliquer ses actions.
- Marmee (les Quatre Filles du Docteur March) : La mère des quatre filles agit par amour protecteur. Tout ce qu’elle veut, c’est mettre ses enfants à l’abri d’un monde qui peut les briser. Cette motivation est complètement différente et illustre ainsi l’importance de bien définir les intentions de vos personnages car elles amènent objectifs et actes tout le long de l’histoire.
Une fois cette importance définie. Penchons nous sur les quinze motivations qui conduisent le comportement humain et comment elles peuvent nous aider à construire nos personnages.
Les 5 grandes familles de motivations
Les motivations peuvent également être classées en sous-familles et on peut en associer plusieurs au même personnage. Il faut garder en tête que la motivation, c’est le moteur. C’est ce qui pousse à agir. Si on ne respecte pas cette motivation, le personnage risque de devenir incohérent et c’est ce qu’on souhaite éviter. Voici donc les cinq grandes familles de motivation pour vos personnages.
Les motivations environnementales
La première famille de motivation est environnementale. Comment le milieu externe affecte votre personnage et sa volonté d’agir ? Les sous-familles sont au nombre de deux. Il s’agit de motivations assez abstraites et par conséquent, peu utilisées en tant que telles pour vos personnages. En revanche, elles peuvent être une complétion pour une motivation principale.
L'accumulation
Le besoin d’accumuler et de garder des ressources en cas de besoin est une motivation humaine. Les raisons pour lesquelles on cherche à accumuler toujours plus peuvent être variées. Cela peut être l’angoisse de ne pas être prêt à toute éventualité ou au contraire un signe de cupidité voire d’arrogance. Voilà une nouvelle preuve du lien entre motivation et personnalité !
Exemple : Smaug dans Le Hobbit. Il accumule un grand trésor pour faire étalage de sa puissance. Cette motivation est un signe de sa prétention.
La création
A l’inverse, d’autres personnages peuvent être stimulés par le besoin de créer et transformer son environnement immédiat ! Que ce soit pour se défier lui-même ou bien pour en faire bénéficier les autres. La création est aussi une motivation pour agir. Là encore, le lien est fort avec la personnalité. Est-ce pour prouver quelque chose ? Est-ce par altruisme démesuré ? A vous de juger !
Exemple : Victor Frankenstein dans Frankenstein. Il s’est mis au défi de créer la vie et y est arrivé… mais à quel prix ?
Les motivations physiologiques
Cette famille de motivations est plus vaste et surtout beaucoup plus facile à exploiter car elle est directement lié aux besoins physiologiques de vos personnages. Manger, boire, soulager la douleur… Sont autant de motivations simples mais que n’importe quel être conscient ressent à un moment où à un autre. Ce sont donc des motivations universelles peu importe la personnalité de votre personnage. Elles appelleront également des actions à effet immédiat pour la plupart. Plongeons nous donc dans les motivations physiologiques
La peur
Personne n’aime se faire mal, tant physiquement qu’émotionnellement. L’être humain est ainsi fait. Il agira donc systématiquement pour éviter la douleur physique par peur de celle-ci. C’est une motivation inévitable pour tout être conscient et les exemples sont nombreux en littérature.
Exemple : Winston Smith dans 1984. Il est prêt à tout pour éviter la torture et le danger dans une dystopie violente et conformiste, y compris à trahir ses amis.
Le dégoût
Dans le même registre que la peur, cette motivation vise à éviter la contamination ou les produits qui peuvent représenter un danger à long terme. En revanche, c’est une motivation beaucoup plus spécifique qui reste intimement liée à la peur. Tout ce qui sort de la normalité et qui représente un risque est inclus dans le dégoût.
Exemple : Mersault dans L’Étranger. Il perçoit le monde extérieur comme agressif et source de danger permanent. Son rapport avec lui motive ses actions pour éviter le plus possible les interactions désagréables.
La faim
Manger est un besoin vital pour chaque individu. Lorsqu’on a le ventre vide, on est prêt à tout. C’est pour cela que cette motivation est toujours un pari sûr pour vos personnages. Toutefois, attention aux incohérences ! Votre personnage ne peut lutter contre la faim que dans certaines conditions comme la pauvreté ou une exploration qui tourne mal.
Exemple : Jean Valjean dans Les Misérables. L’intrigue est alimentée par le vol qu’il commet au début pour se nourrir.
Le confort
Vivre dans l’inconfort physique est désagréable, autant que de subir des douleurs physiques. C’est pourquoi les personnages chercheront toujours à améliorer leur train de vie pour combattre l’ennui et l’inconfort. Après une lutte pour survivre, les personnages luttent pour vivre.
Exemple : Emma Bovary dans Madame Bovary. Même avec une vie bien rangée, elle cherche toujours plus de confort matériel pour vaincre l’ennui.
Les motivations reproductives
Dérivées des motivations physiologiques, les motivations reproductives jouent cette fois sur le désir et les relations entre les personnages. De la haine à l’amour, il n’y a qu’un pas. Ce sont des motivations tout aussi universelles et qui marcheront même mieux que les motivations physiologiques dans certains cas de figure car elles sont plus complexes et plus permissives pour les personnages. Sans plus attendre, voici les sous-familles de motivations pour les motivations reproductives.
La luxure
Le désir d’une relation avec un personnage du sexe opposé est une source de motivation non négligeable pour beaucoup ! La recherche du plaisir qui y est associé est un bon moteur pour les personnages qui vont alors agir, non pour éviter quelque chose de désagréable mais pour retrouver une sensation agréable.
Exemple : Lady Chatterley dans L’amant de lady Chatterley. Le désir sexuel est central dans l’œuvre et pour le personnage principal.
L'attraction
Décliné de la luxure, cette fois le personnage souhaite se mettre en valeur pour attirer quelqu’un, généralement du sexe opposé… Toutefois, nous sommes moins sur une recherche de plaisir que de satisfaction. Savoir que nous plaisons est un réconfort pour l’égo et certains personnages adorent cela ! Là encore, tout est question de personnalité. Jouez sur cette corde avec justesse !
Exemple : Dorian Gray dans Le Portrait de Dorian Gray. Ce personnage est une excellente allégorie de l’attraction. Rester jeune et beau pour avoir la sensation de domination sociale et de pouvoir est typiquement le fruit de la motivation d’attraction.
L'amour
Cette motivation se concentre cette fois sur la création ou le maintien d’un lien affectif avec un autre personnage quel qu’il soit. Qu’il s’agisse d’une amitié ou d’un couple, beaucoup de personnages agissent par amour pour un individu. Sauver ou faire perdurer un couple, renforcer un lien d’amitié, sont autant de raisons d’agir pour certains personnages.
Exemple : Elizabeth Bennet et Darcy dans Orgueil et Préjugés. Les deux personnages cherchent à préserver leur couple envers et contre tous.
La protection
Décliné de l’amour, la protection est cette fois une volonté de préserver un autre personnage avec lequel l’individu a un fort lien. On ne cherche pas à renforcer le lien mais plutôt le personnage en lui-même. C’est ce personnage qui devient la raison d’agir, principalement par amour.
Exemple : Le père dans La Route. Il fait tout ce qu’il peut pour protéger son enfant des dangers qui les guettent et des agressions. C’est lui sa raison d’agir.
Les motivations psychologiques
Après les besoins basiques pour tout être conscient, nous entrons dans les deux dernières familles de motivation qui sont considérées comme « avancées. » Dès que l’humain est à l’abri de la faim, de la douleur et qu’il est satisfait en termes de relation avec d’autres personnages, d’autres motivations entrent en ligne de compte. Nous allons les voir dans le détail.
La curiosité
La recherche de connaissance a toujours été une motivation clé chez les êtres humains. Comprendre comment tourne le monde et comment fonctionne les choses fait partie intégrante de certains personnages. Ils laisseront la curiosité les guider et agiront par pur désir de savoir.
Exemple : Sherlock Holmes dans Sherlock Holmes. Il résout des enquêtes et connaît beaucoup de domaines par plaisir de les résoudre et d’expliquer l’inexplicable.
Le jeu
Dans cette sous-famille au nom un peu mensonger, nous allons regrouper les motivations dites « opportunistes. » Certains personnages prennent plaisir à apprendre des compétences et explorer de nouvelles idées. C’est une déclinaison de la curiosité. Ils sont motivés par le plaisir d’apprendre et non le désir de comprendre.
Exemple : Harry Potter dans Harry Potter. L’apprentissage de la magie et le plaisir qu’il en retire est une source de motivation pour lui.
Les motivations sociales
Dernière grande famille de motivations que l’on peut qualifier « d’évoluée, » les motivations sociales sont, elles, liées aux relations entre les personnages mais cette fois à un niveau plus abstrait, plus versé dans les normes de société. Certains personnages peuvent beaucoup s’investir pour le concept d’hiérarchie ou encore de justice. Enfin, les animaux sociaux comme l’être humain sera toujours en quête d’interactions. Sans plus attendre, penchons nous sur les dernières sous-familles de motivations.
L'intégration
Le besoin d’appartenance est fort chez certains personnages qui vont alors tout faire pour s’intégrer aux communautés qu’ils souhaitent rejoindre pour passer du temps avec d’autres personnages partageant leurs intérêts. L’intégration peut justifier la façon d’agir de certains personnages.
Exemple : Pip dans Les Grandes Espérances. Le personnage principal est en recherche constante d’inclusion sociale et ce sont ses actes qui motivent et construisent le roman.
Le statut
Le prestige et la puissance que peut offrir un bon statut sont également une motivation humaine parfois même très forte. Très souvent il y a plusieurs raisons qui peuvent motiver la recherche de statut. Le plus souvent, ce sera pour gagner le respect, l’estime ou encore l’admiration d’autres personnages.
Exemple : Julien Sorel dans Le Rouge et le Noir. Son ambition et ses actes ont pour seul but d’acquérir un statut social élevé et le respect associé.
La justice
Chaque personnage a ses valeurs, et l’irrespect de celles-ci par d’autres personnages peut être une grande source d’irritation mais aussi de motivation. Défendre ce qui est juste selon soi pousse à agir et à se dresser face à l’adversité. Pour beaucoup de personnages il s’agit justement d’un moteur puissant.
Exemple : Edmond Dantès dans Le Comte de Monte-Cristo. Sali par les antagonistes, il trouvera la force d’agir dans la volonté de réparer l’injustice subie et de restaurer son honneur.
Exploiter les motivations à bon escient
C’est une chose d’avoir autant de motivations pour pouvoir humaniser son personnage. Le tout est maintenant de savoir comment les exploiter. Qu’est-ce qui rendra un personnage intéressant et comment les motivations vont nous aider ?
Il y a deux axes majeurs concernant l’exploitation des motivations. Le premier est de combiner certaines motivations et de les définir pour qu’elles correspondent à la personnalité que vous souhaitez coller à votre personnage. Plus intéressant encore, certaines motivations peuvent se superposer avec plusieurs niveaux de complexité pour créer un personnage complet et conflictuel. Le mieux est d’illustrer cela avec un exemple.
Imaginons un personnage strict, tatillon et un peu guindé en apparence. Lui donner une motivation amoureuse (créer ou maintenir un lien) doublé d’une motivation de justice permet d’ajouter une couche supplémentaire de complexité à son apparente personnalité. De même qu’un motivation de confort permet aussi de renforcer l’idée d’un personnage allergique aux changements.
Le second axe va plutôt consister à mettre deux motivations en opposition pour créer du conflit et ainsi rendre un personnage attachant. Que faire lorsqu’on est tiraillé entre peur et désir ? Ce sont ces petites questions qui rendent une intrigue et un personnage fascinant à lire. Et c’est en exploitant les motivations à bon escient que vous parviendrez à construire un personnage que les lecteurs soutiendront et suivront jusqu’au bout.
Tout acte humain est motivé par une raison d’agir. Ces raisons sont diverses et intimement liées à la psychologie humaine. C’est ainsi que, pour se rapprocher au mieux de vos personnages, connaître les grandes familles de motivation est un atout de poids. Qu’il s’agisse de motivations reptiliennes ou encore humaines, elles marqueront vos personnages et feront partie intégrante d’eux. En les exploitant correctement, vous pourrez complexifier vos personnages et ainsi dépasser les clichés en combinant des motivations différentes. Allez à votre tour maintenant !
Sur le même thème
Sources :
Quinze motivations clés qui sous-tendent le comportement humain (article traduit de l’anglais)
