Ton, registre, point de vue, comment s'y retrouver ?

illustration ton registre et point de vue

Nous avons tous de vagues souvenirs du lycée et de notre professeur parlant de ton, de registre et de point de vue. Ou bien nous apprenons tout juste ces concepts. Dans les deux cas, une piqûre de rappel est toujours bonne à prendre pour différencier ces trois idées qui, l’air de rien, sont à la base de tout récit bien construit ! C’est grâce à cela que nous pouvons définir comment raconter notre histoire, à travers quels yeux, et surtout ce qu’on cherche à transmettre au lecteur en tant qu’auteur. Voyons cela de ce pas !

Le ton : qu'est-ce que c'est ?

Nous parlons de la tonalité d’un roman, ou ton, lorsque nous parlons de la manière dont le narrateur souhaite véhiculer son message. Il désigne la manière de raconter l’histoire. C’est la perception qu’aura le lecteur de cette histoire. Ce ton peut varier en fonction du narrateur (si celui-ci est un personnage du livre). Le même livre peut présenter un ton différent d’une scène à l’autre.

Il existe beaucoup de tons pour raconter une même histoire. Cela peut aller du ton ironique au ton grave en passant par le ton didactique ou sensible. Voici quelques grandes catégories de ton que l’on retrouve dans les histoires.

Le ton léger

L’auteur peut décider d’utiliser un ton léger pour raconter son histoire. Cela peut être un ton sarcastique ou ironique pour accentuer l’insolence du narrateur et aussi nouer un lien avec le lecteur. L’utilisation d’un ton comique permet de dédramatiser ou de raconter une histoire avec humour et volonté de faire rire le lecteur. Enfin, l’emploi d’un ton enjoué ou affectueux peut permettre d’attendrir le lecteur.

Voici quelques petits exemples en vrac : Le Guide du voyageur galactique (ton humoristique), Orgueil et Préjugés (ton ironique), Anne… La maison aux pignons verts (ton enjoué).

Nous remarquons que ces livres ne racontent pas nécessairement des histoires comiques. D’où l’importance de saisir la subtilité entre ton et registre.

À lire aussi : Écrire la comédie : les 4 types de comique

Le ton grave

À l’inverse, le ton grave va plutôt essayer d’angoisser le lecteur, de l’effrayer ou encore de le rendre triste. C’est un ton qui fait appel aux émotions fortes et négatives là où le ton léger préfère transmettre un message positif. C’est le cas du ton dramatique ou sérieux qui vient décrire des événements lourds. On peut également avoir recours au ton oppressant ou angoissant, les histoires d’horreur sont friandes de ce genre de ton. Enfin, l’utilisation d’un ton pathétique ou mélancolique vient renforcer la tristesse des histoires racontées.

Voici de nouveaux exemples : Les Misérables (ton sérieux), L’Étranger (ton mélancolique), Ca (ton angoissant).

Encore une fois, l’utilisation de ces tons graves n’exclut pas la possibilité de raconter des histoires légères. L’exercice est cependant plus délicat.

Les autres tons

Enfin, il existe des genres de ton qui n’appartiennent à aucune des deux catégories et dont l’objectif sera différent. L’exemple le plus courant : le ton épique. C’est le ton le plus adapté aux histoires d’aventures. Il ne cherche pas à transmettre une émotion mais plutôt à retranscrire la grandeur des événements et personnages. On le retrouve beaucoup en fantasy. Le ton didactique permet de donner des leçons de morale aux lecteurs par le biais de l’histoire racontée. Nous avons la variation philosophique de ce ton qui vient poser des questions et enjoindre à la réflexion plutôt que de jouer sur les émotions. Enfin les tons lyriques et oniriques viennent plutôt mettre la beauté des mots en emphase et faire rêver le lecteur.

Voici les derniers exemples de cette catégorie : Le Seigneur des Anneaux (ton épique), Les Fleurs du Mal (ton lyrique), Le Meilleur des Mondes (ton didactique)

Si le ton est un élément subjectif et sujet à interprétation, on ne peut en dire autant du registre qui va, lui, conditionner l’émotion globale de l’histoire.

Le registre : qu'est-ce que c'est ?

Si le ton est plutôt la manière de raconter les scènes et l’histoire, le registre, lui, définit plutôt la catégorie littéraire et l’émotion globale présente dans un roman. Nous pouvons trouver des scènes tristes dans un roman comique. Cela ne le transformera pas en roman tragique. De même que des scènes légères peuvent être présentes dans un roman parlant de la mort. C’est le registre qui va créer l’atmosphère dominante du roman. Celui-ci reste stable le long de l’œuvre. Voici quelques exemples de registre.

Les registres légers

Nous allons d’abord aborder les registres d’histoire légers. La première émotion qui nous vient en tête, c’est la joie. Le registre comique est l’un des plus élémentaires. L’ambiance est légère et les situations prêtent à rire et à s’amuser. L’utilisation de procédés comiques et d’une histoire dont la gravité est absente caractérisent le registre comique. C’est le cas pour les comédies de Molière avec Le Bourgeois Gentilhomme ou Médecin Malgré Lui.

Dans le même ordre d’idée, nous avons le registre satirique qui, lui, va plutôt critiquer par le biais de l’humour et de l’ironie. Nous retrouvons plus de situations sérieuses en surface mais dont la finalité est ridicule ou exagérée. Ce registre va souvent de pair avec un ton sarcastique pour accomplir son objectif : critiquer et se moquer des dysfonctionnements de la société. 1984 en est un excellent exemple

Enfin, le registre burlesque ou parodique va également mettre en scène des situations sérieuses, mais tellement exagérées qu’elles en deviennent ridicules. Ce registre vient en général moquer les autres genres plus « sérieux ». Cervantès le fait très bien dans Don Quichotte où il parodie les romans de chevalerie du Moyen-Âge.

Les registres graves

Cette fois, les registres lourds viennent traiter de sujets plus sérieux et graves. L’objectif n’est plus de faire rire mais plutôt d’inspirer des émotions négatives. À commencer par le plus connu, l’inverse du registre comique : le registre tragique. En utilisant des concepts comme le destin inéluctable, la fatalité ou le désespoir omniprésent. L’auteur conçoit un roman triste et fait pour marquer négativement. Roméo et Juliette donne le ton du registre tragique.

Plutôt dans l’inspiration de la pitié, le registre pathétique va mettre l’accent sur la vulnérabilité des personnages et la dimension humaine des événements. Charles Dickens et Oliver Twist illustrent bien ce registre.

Enfin, le registre angoissant ou horrifique vient jouer sur le malaise et la peur du lecteur en montrant des situations incompréhensibles et des scènes horrifiques. Les menaces latentes et l’angoisse psychologique sont des moteurs forts. Stephen King et son roman Ça sont des références en la matière.

À lire aussi : Écrire l’horreur : 5 ressorts d’horreur en littérature

Les autres registres

Enfin, il existe d’autres registres qui inspireront des émotions moins fortes et qui serviront plutôt le fond de l’histoire. Par exemple, le registre épique va se concentrer sur de grands événements et des aventures héroïques sans se focaliser sur une volonté de faire rire ou pleurer. Le registre merveilleux ou fantastique se contentera de mettre en scène des situations surnaturelles, légères ou lourdes avec des créatures fantastiques. Enfin, le registre polémique laisse complètement de côté la volonté de faire rire avec du sarcasme (à l’inverse du registre satirique vu plus haut). Les prises de position sont tranchés et on critique un fait de société avec violence grâce à ce registre.

Enfin, une fois le ton et le registre choisi, il ne reste plus qu’à sélectionner un point de vue.

Le point de vue : qu'est-ce que c'est ?

Pour comprendre le point de vue, il faut s’imaginer une fenêtre donnant sur l’histoire. À travers quelle fenêtre allons nous assister aux événements ? Que saurons-nous en tant que lecteurs ? Le choix du point de vue vient en général renforcer le ton adopté. La force du message transmis ne sera pas la même si celui-ci vient d’un acteur de l’histoire ou au contraire d’un spectateur se contentant d’observer. Voici les trois points de vue présents en littérature.

Le point de vue interne

Aussi appelé focalisation interne. Ce point de vue désigne un récit raconté par les yeux et pensées d’un personnage de l’histoire. Nous avons donc accès à ses émotions, son ressenti, son vécu et comment cela va influencer l’histoire et la manière de la raconter. Dans le roman de Georges Orwell, 1984, nous vivons l’histoire au travers les yeux de Winston Smith. Nous savons donc comment il perçoit ce monde oppressif et ses angoisses.

Le point de vue externe

L’exact opposé du point de vue interne, nous allons cette fois voir les événements comme si nous étions un simple spectateur. Nous n’avons pas accès aux émotions des personnages ou à leur ressenti. Nous vivons l’histoire comme si nous regardions un film au cinéma. Cela permet une réflexion plus « objective », plus reliée au narrateur. L’exemple : les Liaisons Dangereuses de Laclos relate d’un échange épistolaire. N’importe qui pourrait raconter cette histoire pour peu qu’il tombe sur les lettres. C’est donc une focalisation externe.

Le point de vue omniscient

Comme son nom l’indique, un point de vue omniscient désigne quelqu’un qui sait tout. Un livre raconté d’un point de vue omniscient s’apparente à une histoire vue par les yeux d’un dieu tout puissant qui sait tout sur les personnages et événements traversés. Cela permet un détachement sur ce qu’il se passe et aussi une possibilité de critique et de réflexion sur les personnages. Victor Hugo intervient pour donner des réflexions dans Les Misérables.

Vous voilà calés sur le ton, le registre et le point de vue ! Grâce à ces rappels, vous allez pouvoir à votre tour choisir ce qui convient le mieux pour raconter votre histoire. Allez vous écrire une histoire triste ? Utiliser un ton léger ou détaché ? L’un de vos personnages racontera-t-il l’histoire ? Les possibilités sont nombreuses. Choisissez avec soin votre message, l’ambiance de votre roman et comment vous allez l’écrire. Ainsi vous vous faciliterez la tâche pour votre prochaine œuvre !

Sur le même thème

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut