Show, don't tell, la règle d'or du roman réussi !
Certains romans réussissent à vous transporter dans leur monde, leur histoire et vous fascinent de la première à la dernière page. D’autres en revanche paraissent fades, ternes, sans saveur. Cette grosse différence de perception vient d’un principe simple et pourtant très important de l’écriture. Le Show don’t tell, montrer plutôt que raconter. Ironique lorsqu’on parle de mots sur du papier n’est-ce pas ? Pourtant c’est cette phrase magique qui va définir si les scènes de votre livre sont vivantes ou non.
Show don't tell, qu'est-ce que ça veut dire ?
Littéralement : « Montre, ne dis pas »
L’idée derrière ce principe est d’utiliser des mots et expressions fortes pour « peindre » la scène dans l’imagination du lecteur. On ne se contente pas de consigner ce qu’il se passe comme sur un rapport. On essaie de faire ressentir le lecteur, de faire appel à ses émotions plutôt que de raconter ce qu’il se passe avec platitude. Voici un petit exemple avec une femme d’affaires attendant son train pour vous mettre en bouche.
Raconter :
« Alice se tenait sur le quai. Elle attendait avec impatience le train qui l’emmènerait enfin à destination. La jeune femme mettait un point d’honneur à être ponctuelle et avait le retard en horreur. Quelqu’un passa près d’elle et la fit sursauter. Comme elle détestait le contact physique… Finalement, le train entra en gare, mettant fin à l’anxiété d’Alice. »
Montrer :
« Alice tapota du pied. Son talon martelait le béton en rythme avec l’horloge qu’elle surveillait d’un œil insistant. Toujours rien à l’horizon, sa moue se durcit et ses bras se croisèrent pour la centième fois. Son regard passa de l’horloge à sa montre. Elle ne put que constater avec amertume les secondes qui s’égrenaient à trop grande vitesse. Bon sang ce qu’elle détestait ça… N’avoir aucune prise sur le temps la rendait folle. Soudain, elle sentit un contact dans son dos. Un frisson courut le long de son échine sous le dégoût. La jeune femme faillit se retourner pour invectiver le voyageur qui disparaissait déjà dans la foule. Elle leva les yeux au ciel et regarda une nouvelle fois sa montre. Le ronron familier du train mit fin à ses angoisses et fit fondre sa boule au ventre qui grossissait. Enfin elle allait embarquer ! Elle pria pour arriver à l’heure et passa la porte pour trouver une place. »
Plutôt que de dire que Alice est une femme à cheval sur la ponctualité, on le montre par des menus détails exploitant les sens. Tous ces petits gestes qui indiquent ce trait de caractère sans qu’il ne soit jamais dit explicitement. Voici le principe du Show don’t tell ! Pour paraphraser Anton Tchekhov (oui celui qui a inventé le fusil !) : « ne me dis pas que la lune brille, montre moi son reflet sur du verre brisé ».
La puissance du Show don't tell sur le lecteur
Faire vivre votre scène
L’utilité première du Show don’t tell est de rendre une scène vivante. Les mots se transforment en film pour vos lecteurs qui imaginent alors ce qu’il se passe beaucoup plus facilement. Le défi est de faire vivre vos scènes avec des mots écrits sur papier. Si vous vous contentez d’énoncer simplement ce qu’il se passe dans vos scènes, vous endormirez vite le lecteur. Lors de l’écriture d’un roman, gardez toujours en tête votre objectif numéro 1 : immerger le lecteur dans votre histoire. Si votre texte n’incite pas à s’y plonger dedans, le lecteur devra faire un effort pour suivre le récit et la qualité s’en trouvera amoindrie.
Faire vivre des émotions
L’utilisation de mots et expressions imagées saura bien mieux toucher le lecteur qu’un texte journalistique où l’on se contente de raconter ce qu’il se passe. Montrer l’émotion est le meilleur moyen d’impliquer le lecteur. En voici un bref exemple.
Supposons que Marc ait perdu sa femme dans un accident de voiture. Si je vous dis « Marc était triste depuis cet accident ayant pris sa femme », vous allez avoir un peu de compassion pour Marc mais pas de connexion émotionnelle.
Si à l’inverse je vous dis : « Marc laissa son regard dériver sur sa photo de mariage, déjà les larmes montaient. Partout son parfum semblait encore flotter comme une brume… Sa gorge se serra et ses yeux s’embuèrent. Son absence lui vrillait l’estomac et brûlait son corps tout entier. Oh comme elle lui manquait… ». Vous allez avoir tout de suite envie de lui faire un gros câlin ! (J’exagère évidemment mais vous avez compris le principe).
Un attachement émotionnel est un pari sûr d’accrocher le lecteur. Voici pourquoi le Show don’t tell est important à garder en tête.
Récompenser le lecteur
Enfin, se contenter de montrer laisse le loisir au lecteur de remplir les blancs. En lui laissant cette liberté d’interprétation, vous récompensez sa réflexion et son esprit critique. Tout le monde aime se sentir intelligent ! Si vous lui mâchez le travail et racontez tout ce qu’il se passe dans une scène, vous limitez cette liberté et frustrez inconsciemment le lecteur. Évitez donc cela un maximum !
Cas d'utilisation du Show don't tell dans un roman
Caractériser un personnage
La principale utilisation du show don’t tell réside dans la caractérisation d’un personnage. Ne vous contentez pas de dire que Victor est colérique, que Valérie est timide ou que Alexandra est pleine de joie de vivre. Utilisez des verbes forts et indiquez ces traits de personnalité dans leur gestuelle, leurs actes, leurs habitudes ! Passez par les pensées ou le dialogue interne plutôt que la narration conventionnelle.
De plus, cela vous permet de vraiment caractériser votre personnage et de faire coller ses actes à sa personnalité. Le cas inverse est un point noir dans beaucoup de romans donc soyez vigilant !
À lire aussi : Pourquoi utiliser des verbes forts dans l’écriture de son livre ?
Décrire un lieu
Pourquoi décrire un lieu quand on peut y transporter le lecteur ? Exploitez toute la puissance des cinq sens ! Vos lecteurs sont des personnes imaginatives et si vous lui dites qu’une bonne odeur de pain qui cuit flotte dans les airs, ils la sentiront !
Ne vous contentez pas de dire que les meubles sont en acajou, insistez sur la couleur rouge sombre de ce bois et faites des évocations puissantes. La puissance de votre description vous permettra de plonger votre lecteur, de l’immerger dans votre histoire. Il vivra la scène au lieu de juste la voir sur un écran. C’est là toute la puissance du show don’t tell.
Mettre l'emphase sur une scène importante
Lorsqu’une scène présente une grande importance pour l’histoire, il est important de le souligner et quoi de mieux que de rendre cette scène vivante ? Les exemples de scènes pouvant être mises en avant grâce à des mots forts sont nombreux.
Un monologue de méchant ? Mettez l’accent sur sa voix, sa gestuelle, décrivez les expressions du protagoniste, ses réactions. Parlez du lieu, de ce qu’il s’y passe.
Une scène de désamorçage de bombe ? Montrez le stress de l’opérateur. Le stress des téléspectateurs, le bip de la bombe devient une source d’angoisse immense. La sueur peut goutter du front ou non.
Une scène de mariage ? Montrez à quel point l’ambiance est lumineuse, insistez sur les sentiments des mariés, de leur famille. Décrivez l’endroit du mariage avec des mots forts. Les odeurs de cuisine, le goût du gâteau…
Les façons d’embellir une scène de ce genre sont nombreuses. Et cela passe par tout ces petits détails qui rendent la scène vivante, gardez le en tête !
Comment show plutôt que tell ?
« C’est bien joli tout ça mais comment l’appliquer de manière concrète ? On a eu des exemples mais ce n’est pas suffisant ! » Pas de panique ! Voici quelques conseils pour vous aider à penser image plutôt que mot !
Exploitez les cinq sens
Lors de la description d’une scène notamment, utilisez un vocabulaire ayant trait à tous les sens. Que ce soit la vue (utilisez des métaphores sur la couleur, l’aspect ou la forme), l’ouïe (quel type de bruit ? Agréable ? Fort ? Mélodieux ?), l’odorat (le parfum est-il agréable ? Empeste-t-il ? D’où vient-il ?), le goût (sucré, salé, pimenté, quelles sensations sur la langue ou la gorge ? est-ce comparable à des goûts connus ?), le toucher (est-ce rugueux ? Doux ? Est-ce douloureux ? Brûlant ? Froid ?). Grâce à cela vous plongerez immédiatement le lecteur dans l’ambiance que vous déciderez (Lugubre ? Festive ? Calme ? Hostile ?).
Passez le plus possible par le non-verbal et les pensées
Une règle sûre du show don’t tell est de passer le plus possible par les détails non-verbaux. Décrivez les gestes, les actes, les tics… Même les gens les plus réservés utilisent la communication non-verbale. Décrivez les expressions, les pensées. Tout cela contribuera à faire voir la scène plutôt que de la raconter.
N'hésitez pas à utiliser des dialogues
La manière de parler d’un personnage, le ton de sa voix dans tel ou tel contexte, les silences, les tics de langage ou encore les gestes pendant qu’il parle contribuent beaucoup à l’immersion. Cela les rend vivants.
Dernière mise en garde
Enfin, même si c’est un principe important à appliquer, évitez de trop montrer ! Voyez cela comme l’assaisonnement. Trop de sel ou de poivre risque de complètement gâcher votre plat ! C’est la même chose en écriture. Utilisez le show don’t tell pour les parties importantes de votre livre, notamment les personnages, les lieux et scènes clés. Pour les événements de moindre importance ou les besoins de l’histoire, il est parfois mieux de tell directement. Tout est une question d’équilibre, à vous de voir ce qui fonctionne le mieux !
Vous voilà prêt à envoyer les bouchées doubles sur votre roman ! N’oubliez pas, votre récit est comme une scène de théâtre. Si une voix se contente de nous dire ce qu’il se passe sans jamais lever le rideau, beaucoup partiront avant la fin du premier acte ! N’hésitez pas à lever le rideau pour montrer les acteurs et leurs émotions. Faites rêver vos spectateurs et cherchez toujours à rendre votre histoire vivante. Cette règle est la base de toute histoire et vous en comprenez maintenant l’importance.
