Le Foreshadowing, l'outil magique du suspens et de la tension

illustration foreshadowing

Le Foreshadowing, tiré de l’anglais et signifiant « présage » est un procédé d’écriture redoutable. Beaucoup d’œuvres de fiction y ont recours pour maintenir le suspense et créer de l’implication. Imaginez un livre ou film dont la fin serait présente dans les scènes initiales. Identifier ces présages procure un frisson de plaisir et d’excitation chez le lecteur qui est alors heureux de « deviner » la fin subtilement indiquée. Très utilisé avec d’autres procédés comme le hareng rouge. Voyons maintenant comment écrire le Foreshadowing dans votre roman.

Le Foreshadowing, qu'est-ce que c'est ?

Aussi appelé « présage » ou « préfiguration », il s’agit d’un procédé d’écriture visant à créer du suspense et de l’implication. Le foreshadowing consiste à semer des indices subtils le long de son œuvre qui pointent vers un élément important de l’intrigue.

En général, ce procédé se manifeste par des indices placés en amont et d’apparence anodine mais qui préparent les scènes importantes. Souvent, ces indices prennent tout leur sens une fois l’histoire terminé, permettant alors au lecteur de relire l’histoire d’un œil nouveau.

Voici une liste d’indices pouvant constituer des présages dans une histoire :

  • Un objet symbolique.
  • Un dialogue prémonitoire.
  • Un rêve, une vision ou une hallucination.
  • Une allusion mystérieuse.
  • Une ambiance extérieure.
  • Une scène en écho.

Nous verrons des exemples concrets de l’utilisation de ces éléments un peu plus tard. Mais pourquoi est-ce bénéfique d’écrire des indices de ce genre ?

Pourquoi écrire entre les lignes ?

La préfiguration se combine avec d’autres procédés d’écriture classiques comme le hareng rouge, le Fusil de Tchekov (avec lequel il est parfois confondu), ou encore la préparation/paiement. C’est une des meilleures techniques d’écrivain pour jouer avec les attentes de son lecteur. Voici la liste des avantages du présage en fiction :

  • Créer une tension dramatique. En effet lorsque le lecteur capte ces indices inconsciemment sans savoir leur véritable portée, il se produit une attente dramatique. Le lecteur sait qu’il se passera quelque chose mais ignore quoi, ce qui l’implique davantage dans l’histoire.
  • Impliquer le lecteur dans une réflexion. Donner des indices subtils sur une fin potentielle à l’histoire permet de faire cogiter notre lecteur. Celui-ci va essayer de deviner cette fin grâce au matériau que nous lui fournissons, augmentant ainsi son implication.
  • Créer du suspense. Ironiquement, laisser présager la fin va venir donner un sentiment de suspense à propos de celle-ci. Qu’est-ce qui va se passer exactement ? Comment en arrive-t-on là ? Autant de questions qui poussent à poursuivre sa lecture.
  • Transmettre des informations. Grâce à cette technique, l’auteur peut faire passer naturellement des informations sur l’histoire. Il s’agit d’un procédé redoutable pour « parler » directement avec le lecteur et l’avertir des événements à venir dans le cadre diégétique.
  • Tromper le lecteur. Combiné au Hareng Rouge, le foreshadowing peut se jouer du lecteur et l’induire en erreur. Toutefois, il faut le faire avec subtilité pour éviter de frustrer le lecteur.

Le foreshadowing est utilisé depuis très longtemps pour son effet sur le lecteur. Ce dernier est toujours heureux de trouver des indices sur le déroulement d’une histoire. La satisfaction de résoudre l’énigme doit cependant prendre le pas sur l’ennui de tout prédire. Certaines œuvres utilisent mal ce procédé et le lecteur, au lieu de se sentir gratifié, perd petit à petit son intérêt pour le récit. L’écriture d’un bon foreshadowing est un exercice subtil d’équilibriste. Voyons comment utiliser cette technique dans votre roman.

À lire aussi : Le Hareng Rouge ou l’art de la fausse piste

Comment écrire un foreshadowing efficace ?

Pour planifier une préfiguration efficace, il faut prendre en compte plusieurs paramètres. Voilà quelques conseils généraux pour écrire ce procédé dans le cadre de votre histoire quel qu’il soit.

  • Choisir quelles scènes clés présager. Un travail d’écriture en amont est nécessaire pour savoir comment votre histoire finit ou quelles scènes mériteraient un présage. Ensuite, déterminez plusieurs manières d’indiquer de manière subtile comment ces scènes se déroulent.
  • Choisir quels indices vont porter le présage. Vous pouvez vous référer à la liste que j’ai fournie plus haut. Assurez vous cependant que la cohérence et la fluidité du récit n’en souffrent pas pour éviter de « téléphoner » la fin. Si l’indice est forcé ou au contraire trop discret, il sera inutile à votre roman. Cela peut être un dialogue, un objet symbolique ou encore une ambiance. soyez créatifs !
  • Semer les indices en trois étapes. Parfois, il faut rafraîchir la mémoire du lecteur. Disposez vos indices de manière uniforme et en insistant un peu plus à chaque fois. Vous pouvez suivre la règle des trois pour vous simplifier la vie : une première fois de manière subtile en début d’histoire ; une deuxième fois vers le milieu de l’histoire avec un peu plus d’insistance ; enfin, faites le lien au moment clé pour que le lecteur puisse « tilt » et réaliser la force des indices précédents.
  • Testez votre foreshadowing sur vos bêta-lecteurs et vérifiez la cohérence. Une fois que votre scène présagée est terminée. N’hésitez pas à la faire lire à vos bêta-lecteurs. Cela peut être vos proches, vos amis, votre famille… Demandez leur des retours sur l’effet produit et s’ils ont pu détecter le Foreshadowing. Posez leur des questions précises ! Assurez-vous ensuite que la cohérence reste présente et qu’aucune remarque parasite n’advienne lors de la lecture. Reposez-vous sur vos bêta-lecteurs tout en conservant un œil critique sur vos œuvres !

Grâce à ces conseils, vous allez pouvoir utiliser le plein pouvoir du Foreshadowing à bon escient pour faire frissonner vos lecteurs ! Ce procédé est utilisé depuis la nuit des temps. Pour achever de vous convaincre je vais vous en présenter quelques exemples !

Exemples de foreshadowing dans la littérature

Pour vous montrer la puissance de cette technique, voici une liste non exhaustive des œuvres de littérature l’utilisant :

  • Dans L’étranger d’Albert Camus, Mersault mentionne un aveuglement dû au soleil à plusieurs reprises, laissant présager son acte fatal sur la plage…
  • Dans Jane Eyre de Charlotte Brontë, le châtaigner fendu par un éclair juste après les fiançailles de Jane laisse planer le doute d’une rupture future…
  • Dans Dune de Frank Herbert, le héros, Paul Atréides a de nombreuses visions. Ce don appelé la Prescience a souvent préfiguré les décisions de ce dernier.
  • Dans La Passe-Miroir, Ophélie voit des éclats de souvenirs et des fragments de vision dévoilant les secrets de l’Arche et de son monde.
  • Dans Le Seigneur des Anneaux, Gandalf met pluiseurs fois en garde contre le pouvoir corrupteur de l’Anneau Unique. Laissant planer le doute sur les tentations que subiraient Frodo et Boromir plus tard.

Qu’il soit bon ou mauvais, le présage est donc un élément essentiel pour tenir le lecteur en haleine dans un livre. Très souvent utilisé pour diverses raisons. Sa combinaison avec d’autres procédés d’écriture vient aider à ficeler efficacement un scénario. Nombreux sont les petits indices cachés dans vos œuvres préférées et présageant certaines scènes tragiques. On le confond parfois avec le Fusil de Tchekov, un autre procédé très similaire. Il existe bien d’autres techniques d’écriture pour élaborer un scénario captivant comme celle du MacGuffin ou encore celle de la fausse piste. On se retrouve bientôt pour un prochain article !

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